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Quand une brodeuse d'art déroule le fil de sa vie et de ses passions...

Ce mois-ci, nous avons choisi de vous présenter Esther Willer, brodeuse d'art de Bretagne.

Au-delà de la brodeuse de haut vol dont vous pouvez admirer les créations, vous découvrirez son histoire de femme, celle qui l'a construite, et qu'elle vous livre avec beaucoup de pudeur et de poésie...

 

Cécile de Matières et Shopping : Esther, pourriez-vous me parler un peu de votre parcours ?

Esther Willer : Enfant solitaire, rêveuse, élève étourdie, musicienne, passionnée de "cailloux" que je prenais pour des trésors que j'ai amassés pendant des années, puis étudiante douée pour le dessin qui devait rentrer aux Beaux-Arts mais à obéi à ses parents et bifurqué vers la fac de droit.

Avant de créer mon entreprise, j'ai eu plusieurs vies. Des vies bien rangées, des emplois avec des horaires. Après avoir fait "mon droit", j'ai erré de postes d'assistante en emploi de commerciale, et même un temps, j'ai endossé la côte de maille pour désosser le porc dans un abattoir.

J'ai surtout créé une famille, heureuse avec 4 enfants.

Je me suis rebellée une première fois en 2005 pour créer ma première entreprise de fabrication de bijoux que je vendais en direct. J'ai tenu 3 ans avant d'émigrer au Québec. Puis, au retour, je n'avais plus le courage de tout recommencer.
 
Cécile de Matières et Shopping : Comment vous est venue cette passion pour la broderie ?

Esther Willer : Cette nouvelle activité de broderie, commencée en 2012 n'est en fait que la continuité naturelle de ce que je faisais déjà auparavant.

Le déclic de ce retour dans le monde de la création, est venu d'un accident de la vie. Le chômage à plus de 40 ans, un mari malade et 4 enfants à nourrir.

Un matin, j'ai pris mes perles, un fil et une aiguille, un morceau de cuir qui trainait, là, on ne sait pas pourquoi et, je me suis mise à broder, pour depuis, ne plus jamais m'arrêter.

Depuis, j'ai travaillé la technique, effectué des stages (broderie de Lunéville, broderie navajo etc...). La technique de la broderie me permet de coucher mes émotions comme je pouvais le faire avec mes tubes de peintures et mes pinceaux, simplement, je le fais en 3D.
 
Cécile de Matières et Shopping : Quelles sont vos sources d'inspiration ? Vos voyages ? Des artistes ? 

Esther Willer : Mes sources d'inspirations sont multiples. Tellement intimes en fait. Il suffit de regarder, de lever les yeux tout est dans la nature.

J'ai surtout une particularité, je suis "atteinte" de synesthésie ; c'est à dire que lorsque j'écoute une musique qui me parle, je perçois les couleurs de ces sons. De fait, je crée systématiquement en musique.

Les voyages, sources d'inspiration ? Evidemment. J'ai beaucoup voyagé dans mon enfance, et depuis, ne pouvant plus le faire, et bien j'ai décidé de voyager en rêve. Et de coucher mes souvenirs de rêves pour créer des bijoux.

Les artistes ? Oui forcément, avec plus ou moins de conscience. J'adore l'univers de Frida Kahlo, celui de Sheri Serafini. Je voue une vraie passion pour Léonard de Vinci... Mais les artistes qui m'inspirent le plus sont les musiciens. On revient toujours à la musique ! Je peux écouter tour à tour du Muse, du Chopin, du Genesis ou du Rachmaninov....Liste tellement non exhaustive !
 
Cécile de Matières et Shopping : Comment choisissez-vous les pierres et matières utilisées pour vos bijoux ?

Esther Willer : J'aime les belles matières. J'ai été élevée par une couturière qui m'a inculqué le " soit on achète du beau, soit on n’achète rien ". J'aime le cuir, l'odeur, la texture.

Les pierres ? Je suis fidèle à l'enfant que j'ai été, que je suis toujours. Comme sur les chemins de mon enfance, j'aime collectionner les pierres, toutes les pierres dès l'instant qu'elles me parlent, me procurent une émotion. Je les achète donc une par une au gré des envies, des émotions du moment. Je peux passer des heures par jour à fouiner pour trouver mes matériaux.

Toutes les pierres sont belles, mais ce qui me plaît, c'est de les mettre en valeur, leur donner leur place. Alors j'utilise des perles et autres composants qui seront capables de les sublimer.
 
Cécile de Matières et Shopping : Si l'argent n'était pas un problème, que voudriez-vous faire dans votre vie ?

Esther Willer : J'ai choisi un matin de vivre mon rêve. C'est simple finalement, ce rêve était de devenir la personne que je suis depuis toujours.

J'y travaille au quotidien. Alors pour l'instant oui je survis, mais je suis une personne tenace. Et je sais réellement qui je suis. Je suis une brodeuse.

J'ai besoin viscéralement de créer, de rêver. Un jour sans créer, est un jour sans saveur.

Donc, si l'argent n'était plus un problème, OUI assurément, je continuerais à faire ce que je fais maintenant, simplement, je pourrais encore aller bien plus loin, entrer plus profondément en contact avec ma créativité intérieure.
 
Cécile de Matières et Shopping : Une dernière question ! Quelle est ou pourrait être votre ambition pour vous et pour les autres ?

Esther Willer : Mon ambition personnelle se construit au jour le jour. A court terme ? vivre au lieu de survivre. A long terme ? devenir peut-être une petite référence nationale en matière de broderie d'art.

Mon ambition pour mes pairs ? Dans une société où on privilégie bien trop souvent le profit, où on fait rentrer les enfants dès leur plus jeune âge dans des moules utiles à la société de consommation. Je souhaite qu'un jour on se réveille enfin, et que l'on se souvienne tous que nous avons besoin de créateurs, de rêveurs, de folie douce.
Que nous devons aider les gens à devenir eux-mêmes sans les enfermer dans des carcans.

Je voudrais enfin, que l'on regarde les petits artisans, comme des petites pépites, qu'on les chérisse, qu'on leur donne une vraie place.

Je voudrais entendre plus souvent pour moi et pour mes pairs : " J'adore ce que vous faites, que puis-je faire pour vous aider ? "